Financement des groupements agricoles de femmes : Facile pour les unes, un parcours du combattant pour les autres

Quel financement pour les groupements de femmes ? Une épineuse question que nombre de groupements féminins agricoles se posent sans pouvoir trouver une réponse satisfaisante.

  •  
  •  
Financement des groupements agricoles de femmes : Facile pour les unes, un parcours du combattant pour les autres

Si les uns tirent leur épingle du jeu avec le soutien de la fédération des professionnelles agricoles du Burkina à travers un programme femmes, les autres sont tenus de présenter de lourdes garanties pour se faire un financement auprès d’une caisse ou d’une banque.

Mercredi 22 juillet 2015. Il est 9heures au siège de la Fédération des professionnelles agricoles du Burkina (FEBA-B). Un groupe de femmes attend patiemment son responsable. C’est la paye du crédit. Chaque mois, en effet, ces dernières réunies en groupement se rendent au siège de la FEPA/B pour honorer leur crédit. Des crédits qui vont de 50 000FCFA à 150 000FCFA selon le protocole du programme femmes. « Je ne peux pas prendre au-delà de 50 000F », nous confie Assista Sanou, agricultrice. Elle a cependant comme activité génératrice de revenue, la vente de choux et de tomates.
 
Comme Assista, beaucoup de femmes n’excèdent pas la fourchette suscitée. Elles, qui, la plupart sont d’abord agricultrices avant de mener une activité génératrice de revenus, ne jurent d’abord que sur les rendements agricoles, ensuite le financement et/ou le crédit pour s’occuper en attendant la saison suivante. A bien y voir, l’autre moitié du ciel s’en sort très bien avec le programme femmes de la FEPA/B, qui a par ailleurs, à en croire Aboubacar Traoré coordinateur de la FEPA/B, pour objectif d’accompagner spécifiquement les femmes en termes de production, de transformation, mais aussi en formation afin de contribuer à l’amélioration de la problématique genre au Burkina. Et de renchérir que la plupart sont effectivement des agricultrices mais qui mènent des activités génératrices de revenus.
 
Ces femmes, soutient M. Traoré, méritent véritablement un soutien financier pour investir. C’est ce à quoi répond justement ce programme soutenu par des partenaires étrangers depuis 2010. Et pour faciliter l’accès à ce financement, le programme a signé un protocole d’accord avec les caisses populaires notamment Colsama, Farankan et Sarfalao, sur la base duquel la caisse octroie les crédits individuels aux femmes.
 
Plus de 250 bénéficiaires…
 
Aujourd’hui, souligne M. Traoré, ce sont près de 250 femmes qui bénéficient de ce financement. « Il est vrai que les brebis galeuses ne manquent pas, mais j’avoue que depuis que nous avons mis en place le programme, nous n’avons pas encore eu de problème de non payement », fait-il savoir. Faut-il, toutefois, noter que pour être bénéficiaire de ce financement, la femme doit appartenir à un groupement agricole. La bénéficiaire reste sous le protocole d’engagement pendant trois ans pour trois cycles de crédit. A l’issue de ces trois ans, et si les comptes sont bons, elle a suffisamment de crédit pour s’autofinancer avec l’apport personnel. En effet, explique la directrice de la caisse populaire de Farankan Adjaratou Kambou Midjour, « en remboursant le crédit, elle constitue une épargne personnelle ». Après donc trois cycles de crédit, l’épargne personnelle peut lui permettre d’avoir un crédit sans pour autant faire recours au protocole.
 
Des financements individuels de 5 millions F CFA….
 
Si à Bobo-Dioulasso, des femmes sont de 100 000FCFA à 1 000 000 FCFA de financement, à Orodora dans la province du Kénédougou, des femmes bénéficient de près de 5 000 000 FCFA de financement individuellement. Elles investissent dans le bissap (feuille d’oseille) qu’elles revendent en république de Côte d’Ivoire. Un crédit qu’elles jugent aujourd’hui insignifiant tant elles en ont suffisamment besoin pour la vente des fruits, des légumes et bien d’autres produits agricoles. Contrairement aux femmes de Bobo-Dioulasso et de Orodora qui sont satisfaites d’un financement des caisses populaires, celles de Banfora, notamment les transformatrices de mangue ne comptent que sur des programmes de soutien. Difficile pour elles d’avoir un financement dans un établissement bancaire, faute de garantie. A la question de savoir pourquoi la banque exige justement une forte garantie, Awa Sirima, responsable des femmes transformatrices de mangues de confier que le groupement a souvent besoin de 7 à 10 millions de FCFA pour mener à bien ses activités agricoles et de transformation. Un montant aussi énorme que les banques restent prudentes. Bassiaka Dao, président de la confédération paysanne de Faso est quant à lui convaincu que seul un vrai financement, et ce, venant de l’Etat, pourra redonner un visage plus rayonnant aux activités agricoles des femmes du Burkina.
Bassératou KINDO
 
Lefaso.net

 

  •  
  •  
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 5731 fois
BAMBIO Z. François
Dernières publications

Vidéos recommandées